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Bernard et son garçon, sans faire halte à Sierre,
Le "Sirrum amoenum" tout vibrant de lumière,
Ville si douce à voir et plus douce à revoir,
Grimpent la pente roide : ils vont à leur devoir,
Tout droit au but.
Voyage exquis, mais longue marche,Anniviers!
on se croit au temps du patriarche,
Du père des croyants; presque rien n'est changé.
Va, folle du logis, un instant prends congé,
Vole au pays du rêve et de la poésie...
Les cèdres du Liban, les oliviers, l'Asie...
Vois-tu, dans le halo de ce lointain doré,
Abraham sous les larges chênes de Mambré?
Le soir vient d'arborer ses couleurs éclatantes.
Auprès d'un puits on a fixé les noires tentes,
Car ils ne veulent pas de nos tristes maisons.
N'est-on pas mieux sur les fleurs roses des gazons
Que dans les murs étroits et moroses des villes?
Ils ne connaissent point nos besognes servites,
Ils se grisent d'air pur et libre, de senteurs,
Et leur chef Abraham est le roi des pasteurs,
Leur père partageant leur table, leur office,
Ils ignorent nos arts, notre luxe et nos vices,
Leur royale vertu c'est l'hospitalité.
Ce tableau primitif est la réalité.
Anniviers garde encore cette fraîcheur première;
Point de texte, il est vrai, mais de noires chaumières.
Du moins on est nomade, et, le moindre Anniviard
A quatre ou cinq maisons, mais souvent peu de liards.
Dès l'aube du printemps, c'est la vallée entière
Qui, fuyant les sommets, va se fixer à Sierre.
Et déjà les voilà tout là-haut, à Zinal
Près des glaciers; rien de vulgaire ou de banal;
Régents, régentes accompagnent la peuplade
Et monsieur le curé suit son troupeau nomade.
Ce sont de vrais chrétiens, des chrétiens de Saint Paul,
Des coeurs droits détestant le mensonge et le vol,
Aussi fervents qu'au temps de Cécile et Thècle,
Et cela de nos jours, en plein vingtième siècle.

D'après J. Gross


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